Tout processus industriel consomme de l’énergie et est dès lors source de pressions environnementales (émissions atmosphériques p. ex. q). L’industrie[1] représente le deuxième secteur le plus énergivore, après le secteur du transport. Toutefois, sa consommation d’énergie est en diminution. Dans le même temps, le recours à des sources d’énergie moins polluantes et renouvelables a augmenté.

Une consommation d’énergie globalement en baisse

En 2023, la consommation finale d’énergie du secteur industriel s’élevait à 38 481 GWh[2]. Les secteurs des minéraux non métalliques (11 942 GWh), de la chimie (8 169 GWh) et de l’alimentaire (6 397 GWh) étaient les plus gros consommateurs d’énergie, un classement resté inchangé depuis 2016.

Entre 1990 et 2023, la consommation finale d’énergie du secteur industriel a fortement diminué, passant de 76 504 GWh à 38 481 GWh, soit une réduction de 50 %. Cette évolution s’explique principalement par le déclin de la sidérurgie, un secteur historiquement énergivore. Déjà affaibli par une concurrence mondiale de plus en plus intensive, la sidérurgie a été particulièrement touchée par la crise économique de 2009, entraînant des restructurations et la fermeture progressive des hauts-fourneaux. Alors que ce secteur représentait 46 % de la consommation totale d’énergie de l’industrie en 1990, sa part a chuté à 9 % en 2023.

En ce qui concerne les autres secteurs, certains ont également montré une tendance à la baisse dans la consommation d’énergie entre 1990 et 2023 : la consommation du secteur des minéraux non métalliques a diminué de 37 % (diminution essentiellement portée par l’évolution des sous-secteurs de la cimenterie et de la chaux) et celle du secteur de la chimie a reculé de 26 %. Le secteur alimentaire a quant à lui connu une forte croissance de sa consommation d’énergie (+ 112 %), poussé par l’intensification des activités de transformation de pommes de terre.

La diminution globale de la consommation d’énergie de l’industrie est également le reflet de la mise en place depuis 2003 du système des accords de branche[3] lequel vise à améliorer l’efficacité énergétique et à réduire les émissions de CO2 de l’industrie q. Ont également joué un rôle la crise sanitaire de la COVID-19 (2020), suivie de la hausse du coût de l’énergie provoquée par la relance mondiale de l’activité économique post-COVID (2021), ainsi que le conflit russo-ukrainien (dès 2022), en entraînant une baisse de la consommation d’énergie de 11 % entre 2020 et 2023.

Consommation finale d'énergie* des secteurs de l'industrie extractive et manufacturière en Wallonie

Consommation finale d'énergie* des secteurs de l'industrie extractive et manufacturière en Wallonie

Consommation finale d'énergie* des secteurs de l'industrie extractive et manufacturière en Wallonie

* Usages non énergétiques inclus (utilisation en tant que matière première dans les procédés de fabrication).

** Fabrications métalliques, métaux non ferreux, textiles, et autres industries.

* Usages non énergétiques inclus (utilisation en tant que matière première dans les procédés de fabrication).

** Fabrications métalliques, métaux non ferreux, textiles, et autres industries.


Découplage entre la consommation d’énergie et la valeur ajoutée brute

De façon concomitante à la baisse de sa consommation d’énergie, la valeur ajoutée brute (VAB)[4] du secteur industriel a augmenté de 70 % entre 1990 et 2022, passant de 11 331 M€ à 19 208 M€, démontrant ainsi un découplage entre consommation d’énergie et richesse produite. Ce découplage s’explique notamment par la modification du tissu industriel wallon : les activités manufacturières à forte intensité énergétique mais à faible valeur ajoutée ont progressivement laissé place à des secteurs moins énergivores et à plus forte valeur ajoutée tels que le secteur de la chimie.

Consommation finale d'énergie* et valeur ajoutée brute** de l'industrie extractive et manufacturière en Wallonie

Consommation finale d'énergie* et valeur ajoutée brute** de l'industrie extractive et manufacturière en Wallonie

Consommation finale d'énergie* et valeur ajoutée brute** de l'industrie extractive et manufacturière en Wallonie

* Usages non énergétiques inclus (utilisation en tant que matière première dans les procédés de fabrication).
** Hors variations de prix. À noter que la donnée 2023 de la valeur ajoutée brute de l’industrie n’était pas encore disponible au moment de la réalisation de cette fiche d’indicateurs.

* Usages non énergétiques inclus (utilisation en tant que matière première dans les procédés de fabrication).
** Hors variations de prix. À noter que la donnée 2023 de la valeur ajoutée brute de l’industrie n’était pas encore disponible au moment de la réalisation de cette fiche d’indicateurs.


Les énergies renouvelables et alternatives en hausse

En 2023, le vecteur énergétique le plus utilisé par le secteur industriel en Wallonie était le gaz naturel, avec une consommation de 14 572 GWh, soit 38 % de la consommation finale d’énergie totale. Il était suivi par l’électricité (22 %) et par les "autres énergies" (20 %) qui comprennent l’énergie issue de sources renouvelables, l’énergie provenant de la cogénération[5] et celle provenant de déchets valorisés[6].

En 1990, les combustibles solides (charbon, lignite…) et gaz dérivés constituaient le principal vecteur énergétique de l’industrie, soit 43 % du mix énergétique. Leur prédominance à cette époque s’explique par une forte consommation d’énergie par la sidérurgie. Accompagnant les évolutions de ce secteur, la consommation de combustibles solides et gaz dérivés a baissé de 92 % entre 1990 et 2023. Sur cette même période, la consommation de produits pétroliers a également diminué (- 54 %). La consommation de gaz naturel et d’électricité a baissé de 13 % et 12 % respectivement, principalement suite à la crise énergétique de 2022. La consommation des "autres énergies" a quant à elle progressé de 27 %. Ces "autres énergies" sont ainsi passées de la dernière à la troisième place dans le mix énergétique entre 1990 et 2023, ce qui témoigne d’une transition dans les habitudes de consommation d’énergie. Les entreprises industrielles se sont également tournées vers des sources plus durables et moins polluantes, telles que le gaz naturel et l’électricité, tout en améliorant l’efficacité énergétique de leurs procédés de production. À titre d’exemple :

  • les secteurs de la chimie, de l’alimentaire et du papier sont les principaux producteurs d’électricité à partir d’unités de cogénération q ;
  • dans le sous-secteur de la cimenterie, des innovations ont permis de substituer une partie des combustibles fossiles (plusieurs milliers de tonnes par an) par des déchets non recyclables. Cette substitution concerne plus de la moitié de la consommation finale d'énergie du sous-secteur(a).

Consommation finale d'énergie* de l'industrie extractive et manufacturière en Wallonie, par vecteurs énergétiques

Consommation finale d'énergie* de l'industrie extractive et manufacturière en Wallonie, par vecteurs énergétiques

Consommation finale d'énergie* de l'industrie extractive et manufacturière en Wallonie, par vecteurs énergétiques

* Usages non énergétiques inclus (utilisation en tant que matière première dans les procédés de fabrication).
** Énergie issue de sources renouvelables, cogénération, valorisation de déchets.

* Usages non énergétiques inclus (utilisation en tant que matière première dans les procédés de fabrication).
** Énergie issue de sources renouvelables, cogénération, valorisation de déchets.


Politiques sectorielles

La politique énergétique et climatique de la Wallonie est définie dans le Plan air climat énergie 2030 de la Wallonie (PACE 2030) q adopté le 21/03/2023[7]. Ce plan prévoit des mesures destinées à accompagner la transition énergétique des entreprises et de l'industrie. Parmi celles-ci :

  • la mise en place d’une nouvelle génération d’accords de branche  plus ambitieux, renommés "Conventions Carbone". Ces Conventions volontaires signées entre le Gouvernement wallon et les "Communautés Carbone"[8] visent l’amélioration de l’efficacité énergétique des processus industriels et la réduction des émissions de CO₂ des entreprises[9] ;
  • l’encouragement à l’amélioration de l’efficacité énergétique des processus industriels en conditionnant l’octroi des aides UDE (utilisation durable de l’énergie) à la réalisation d’études de (pré)faisabilité ;
  • le soutien au développement de filières de production d’hydrogène bas carbone afin d’offrir une solution alternative aux secteurs de la chimie ou de la sidérurgie notamment.

 


[1] Dans cette fiche d’indicateurs, le terme "industrie" désigne l’industrie extractive et manufacturière (soit les secteurs B et C selon la nomenclature NACE Rév. 2).

[2] Près de 93 % de la consommation était à usage énergétique (combustion), le solde étant utilisé en tant que matière première dans les procédés de fabrication, essentiellement dans les secteurs des minéraux non métalliques (produits pétroliers pour produire du bitume) et de la chimie (gaz naturel pour la fabrication d’engrais azotés).

[3] Les accords de branche sont des partenariats volontaires conclus entre des fédérations industrielles et le Gouvernement wallon au travers desquels les entreprises s’engagent collectivement à atteindre des objectifs d’efficacité énergétique et de réduction d’émissions de CO2. En contrepartie, les entreprises bénéficient d’avantages financiers et administratifs. Pour plus d’informations, consulter le portail énergie du Service public de Wallonie q.

[4] Hors variations de prix.

[5] La cogénération est la production simultanée d’électricité et de chaleur dans un seul processus q.

[6] La valorisation énergétique de déchets consiste à transformer des déchets non recyclables en énergie, notamment par des procédés d’incinération avec récupération d’énergie ou de biométhanisation.

[7] À noter que le règlement "Gouvernance" (UE) 2018/1999 q impose aux États membres des plans nationaux intégrés en matière d’énergie et de climat. Le PACE 2030 représente la contribution wallonne au Plan national belge en matière d’énergie et de climat 2021 - 2030 (PNEC 2025) q.

[8] Une "Communauté Carbone" est un groupement de plusieurs entreprises d’une même zone géographique ou d’une même chaîne de valeurs ; l’objectif de ce regroupement est d’encourager l’économie circulaire et les échanges d’énergies.

[9] Pour plus d’informations sur les "Conventions Carbone", consulter le portail énergie du Service public de Wallonie q.

Évaluation

9058ff05-a0e0-418c-b5b0-88cff9093d14 Évaluation de l'état non réalisable et tendance à l'amélioration

Évaluation non réalisable

Il n’existe pas d’objectif contraignant de consommation d’énergie pour le secteur industriel. Selon le PACE 2030 q, fixer un objectif contraignant en valeur absolue aux secteurs de l'industrie et du tertiaire marchand risquerait d’être contreproductif en incitant à la délocalisation et à l’importation sans réduction de l’impact global.

En amélioration

La consommation finale d’énergie de l’industrie extractive et manufacturière a baissé de 46 % entre 1990 et 2022, alors que sur la même période la VAB a augmenté de 70 %. À noter toutefois que la forte contraction du secteur sidérurgique dès 2009 a joué un rôle déterminant dans cette évolution. Par ailleurs, le mix énergétique a évolué avec une progression de la part des énergies alternatives (renouvelable, cogénération, incinération de déchets).